Jésus en concert ! - Part 1
« Les concerts réussis vous donnent l’aperçu furtif d’un monde parfait, un monde où les gens se comprennent, se respectent et font l’expérience d’une appréhension plus aiguë de leur vie » Bruce Springsteen
Si Jésus a été le plus grand prédicateur de son époque, il convient de noter que son talent d’orateur s’est manifesté dès son plus jeune âge. Selon Luc (2, 42), Jésus a effectué ses « premières gammes » dès douze ans dans le Temple de Jérusalem (rien que ça) en croisant le fer avec les Docteurs de la Loi : « et ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses » (2,47). Jésus est certes jeune, mais il est déjà un surdoué du verbe. Rien à voir avec le petit guitariste en herbe qui fait son petit malin en massacrant Eric Clapton à la MJC du coin ! Petite parenthèse : c’est à douze ans (âge où la région du cerveau responsable de l’apprentissage atteint sa maturité selon des chercheurs américains) que Pete Townshend et Jimmy Page (guitaristes des Who et de Led Zeppelin) eurent leur première guitare et que Jeff Buckley décida de devenir musicien… Ce nombre douze, déjà évoqué dans un précédent article, n’est décidément pas un nombre comme les autres…
Il est impossible de parler de concert sans rappeler celui de Jean-Baptiste sur le bord du Jourdain, concert « déclencheur » du ministère de Jésus. Deux mille ans plus tard, l’influence des pairs a toujours son importance, et il n’est pas rare de voir comment un concert a pu mener à la formation d’un groupe : Joy Division, par exemple, s’est formé après avoir vu la prestation scénique des Sex Pistols à Manchester en 1976. Mais revenons à Jésus, qui fut bouleversé par cette expérience spirituelle, et qui pour s’en remettre, s’en ira quarante jours dans le désert où il aura l’opportunité de se mettre à l’épreuve quant à ses capacités de prédicateur (rock’n’roll) et de parfaire ainsi son répertoire…
A son retour du désert, Jésus commencera sa difficile vie d’itinérant et de prédicateur ambulant. Il a trente ans environ (ce qui n’est pas très jeune pour une rock star), mais il a atteint cette pleine maturité qui, on le sait, va bouleverser le monde. Les Esséniens, groupe religieux que Jean-Baptiste et Jésus ont sans doute connus sans que pour autant on puisse les associer à eux, considéraient que trente ans était l’âge auquel on pouvait « prendre des responsabilités, arbitrer un procès, devenir chef » au sein de sa communauté.
Si le rock est synonyme d’énergie, autant dire que Jésus n’en manquait pas : il écuma les routes, inlassablement et courageusement, en commençant d’abord par la campagne de la Galilée (Jean 7,1). Ce n’est peut-être pas bien grand la Galilée (un rectangle d’environ quarante kilomètres sur quatre-vingt) mais quand on porte des sandales au pied (Marc 6,9), et que l’on doit cohabiter avec un groupe hétéroclite, cela n’avait sans doute rien d’une sinécure. Notons que les évangélistes ne sont pas toujours d’accord avec les lieux visités par Jésus (Jean commence avec Cana), mais en voici les noms les plus souvent mentionnés: Bethsaïde, Capharnaüm, Corazine, Gerasa, Génésareth, Magdala, Nazareth (où il ne sera pas accueilli chaleureusement). Cette petite liste est donnée par ordre alphabétique car il est somme toute difficile de rendre compte précisément et chronologiquement des déplacements de Jésus. Ce sont des bourgs, des villages (caphar en hébreu), voire des bleds paumés, que Ernest Renan situe à une demi-heure l’un de l’autre. Jésus et son groupe vont bien sûr quitter leur Galilée bien aimée et se rendre dans le nord du pays ou même à l’est dans le territoire de la Décapole (Marc 7, 31). S’ils s’autorisent à approcher des faubourgs comme « les villages voisins de Césarée de Philippe » (Marc 8,27) ou bien « le territoire de Tyr » (Marc 7,24), villes marquées par l’influence grecque et où les juifs sont minoritaires, ils auront tendance à éviter les grandes villes. Jacques Duquesne souligne d’ailleurs que « Sephoris, Jatapa ou Gischala, importants à l’époque, sont ignorées de nos jours pour la seule raison qu’elles n’ont jamais été citées dans les Evangiles ». En tout cas, le « buzz » sera tel que l’on entendra parler de Jésus jusqu’à Jérusalem…
Jésus va faire plus fort : se rendre en Judée. Bien sûr, la distance n’est pas négligeable (150 km séparent Capharnaüm de Jérusalem), et prendre ces routes relève d’un certain courage car les brigands y sont nombreux. Mais surtout, nos forçats de la route devront affronter le terrible mépris des gens du crû, qui ne peuvent pas voir en peinture les Galiléens. Même audace à Sykar, en Samarie (la terre des ennemis héréditaires, eux qui ont osé ériger sur leur mont Garizim un temple rival de celui de Jérusalem), que Jésus et son groupe se permettent de traverser pour se rendre à Jérusalem, alors que nombre de pèlerins partis fêter Soukkot ou la Pâque dans la capitale préfèrent contourner cette région mal aimée…
To be continued