Wednesday, April 4, 2007

Mourir jeune et devenir immortel - Part 3

      Le monde du rock, excessif,  ne s’embarrasse quant à lui ni du temps de la réflexion ni de considérations objectives pour s’emparer de ses morts et attiser leur légende.  La mort de Morrison a déclenché bien des passions, d’autant plus que le seul témoin direct, Pamela Courson, est décédé d’une overdose d’héroïne en 1974.  De plus, le décès de Morrison survint dans un climat politique perturbé aux États-Unis (l’opposition à la guerre du Vietnam grandit), qui n’a fait qu’exacerber une paranoïa, nourrie par la disparition de rock-stars (Jimi Hendrix, Janis Joplin) dans des circonstances troubles, et l’assassinat des deux leaders du mouvement afro-américain, Malcolm X et Martin Luther King. Dans ce contexte quelque peu surchauffé,  d’aucuns prétendent que le FBI avait une « liste noire » de personnalités « dangereuses » (comprenez « à abattre ») et que Jim Morrison figurait sur cette liste… 

      Bien que la mort de Cobain intervint dans un contexte politique moins fiévreux,  le doute subsiste quant à son suicide et beaucoup restent persuadés qu’il a été dézingué par sa veuve (joyeuse ?) Courtney Love. Evidemment, il existe des faits troublants : aucune empreinte digitale n’aurait été trouvée sur l’arme du suicide ; Cobain ayant assez d’héroïne dans son corps pour tuer trois personnes, il n’aurait pas été capable physiquement de se suicider ; un certain « El Duce »  leader d’un groupe local de Seattle affirma au réalisateur Nick Broomfield, auteur du documentaire controversé Kurt and Courtney que Love lui aurait offert 50 000 $ pour assassiner Cobain ; mais « El Duce » mourut mystérieusement sous les roues d’un train à Riverside, quelques jours après l’interview…

      La légende se doit aussi d’être entretenue par un voile de mystère , que l’on pourrait appeler syndrome de la résurrection. Si certaines rocks stars sont rongées de l’intérieur par un évident complexe messianique, il faut souligner à l’inverse l’attitude de certains fans qui, a l’instar des apôtres, ont vu leur idole en chair et en os ! Que ce soit Presley ou Morrison, il y aura toujours  des petits malins affirmant les avoir rencontrés en Europe, au Maroc, et même faisant de l’auto stop aux Etats Unis… Le cinéaste Adam Muskiewicz offre d’ailleurs une récompense de trois millions de dollars à quiconque peut mettre la main sur une preuve concrète pouvant accréditer son idée de la  fausse mort de Presley. La chasse au King est ouverte ! Le web est d’ailleurs intarissables sur ces surprenants témoignages. Croiser le King devient un sport national aux US, si bien qu’un américain sur dix ne croit pas à sa mort. Elvis aurait eu plusieurs raisons « d’organiser » sa mort, il y en a tellement que je ne résiste pas à vous livrer la plus romanesque : Elvis aurait perdu avant son décès 10,000,000 $ dans un mauvais investissement avec un organisme obscur ayant des liens avec la Mafia. Imaginez la suite…

Ce syndrome de la résurrection est largement alimenté par la théorie de substitution, qui n’épargna d’ailleurs pas Jésus le Nazaréen. Il existe en effet de nombreux écrits évoquant un simulacre de crucifixion, dont certains ont sans doute été inspiré par l’évangile de Matthieu, certaines lignes ayant été interprétées de façon non équivoque :  « En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter la  croix de Jésus. Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ». (Mt 27, 32-35). Bigre ! Jésus n’a pas été crucifié ! Simon de Cyrène a pris sa place ! D’autres textes dits gnostiques évoquent cette substitution: Irénée rapporte que Basilide, hérésiarque né à Alexandrie au premier siècle écrivit un évangile dans lequel il avançait cette même hypothèse : « Jésus n’a pas souffert, mais un certain Simon de Cyrène fut obligé de porter la croix à sa place. C’est lui qui, par ignorance et erreur, fut crucifié, ayant été transfiguré par Jésus, de façon à passer lui-même pour Jésus». Les Manichéens du troisième siècle affirmaient également que « Jésus n’était mort qu’en apparence » ; dans l’Evangile apocryphe de Barnabé, se trouve un autre cas de figure : Judas eut « l’apparence de Jésus et fut crucifié à sa place ». Les textes écrits de l’Islam coranique affirment également que Jésus n’a été ni tué ni crucifié mais que Dieu l’a protégé de ses assaillants et qu’Il l’a élevé à Lui (Coran 4/157-158) :  « . et à cause de leur parole : ‘‘Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager de Dieu’’… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce n’était qu’un faux semblant ! » Cette traduction, la plus connue,  indique donc que c’est quelqu’un d’autre qui est mort à la place de Jésus. Seulement, une traduction peut être proposée, le mot ‘‘faux semblant’’ n’existant pas dans le texte arabe. En fait les mots arabes utilisés, se traduisent  par ‘‘cela leur a apparu ainsi’’ ». Cette théorie de la substitution n’est pas sans conséquences : il existe un tombeau à Srinagar, au Cachemire, et une autre à Shingo (village où le prophète aurait terminé ses jours dans une ferme), au Japon !


      Celui qui a fait rouler la pierre. Parlez-vous l’ancien nubien ? L’ancien nubien est une  langue aujourd’hui disparue, qui fut écrite en Nubie entre les VIIIème et XVème siècles. Il n’en reste plus qu’une centaine de pages, principalement des textes chrétiens, écrits en utilisant une forme dérivée de l’alphabet copte. Il existe un court passage sur la Résurrection dont voici la traduction : « Rocher et-quand-ils-allèrent-loin Jésus œil paire - haut élever dit-il -père Je-remercie toi. » Cela parait abscons comme ça mais en fait pas du tout surtout si l’on tient compte de la traduction anglaise, qui se passe de tout commentaire : « Rock and-when-they-rolled-away Jesus eye pair high raising he-said father I-thank you ». Annoncer le lien entre Jésus et le rock avant la création de ce dernier… Trop forts, ces Nubiens… 

     Comme le souligne Jacques Duquesne[1], « Il s’est donc passé quelque chose, en ces jours là, comme une explosion, un surgissement de foi, qui a changé ces hommes [les Apôtres]. Ils ont dit que ce « quelque chose », c’était leur rencontre avec Jésus vivant, ressuscité, et ils l’ont redit jusqu’à en mourir ». Mais rappelons également que Jésus n’a eu besoin ni de best of racoleurs (qui sortent « curieusement » à Noël), de biographies creuses  ou de clones insipides pour continuer à marquer l’histoire d’aujourd’hui . Il l’avait d’ailleurs bien envisagé : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Marc 13, 31). Bien joué, Jésus…


[1] Dans Jésus
Posted by Clappucci in 10:52:34
Comments

2 Responses

  1. Gill Martin says:

    Bravo!
    Cela dit, si Jésus est vraiment mort noyé dans son vomi, il est grand temps de prévenir Mel Gibson, même s’il en fait une dépression.
    Et effectivement Jesus n’a pas besoin de “best of racoleurs qui sortent a Noël”, étant donné que son matraquage publicitaire, il le fait tous les dimanches…

Leave a Reply