Tuesday, July 8, 2008

Présentation

« Le problème, c’est d’être chrétien dans un monde où le christianisme est aussi discrédité. » Bono  (U2)


       La phrase de Bono est lapidaire mais, hélas, touche juste. Le christianisme semble étonnamment absent de toute modernité, de toute influence au sein de nos sociétés contemporaines, comme le confirment le désaveu européen de la pratique hebdomadaire et l’affirmation par beaucoup d’une croyance de plus en plus incertaine.  L’existence d’une crise de foi réelle (pardonnez le jeu de mots) n’est plus à démontrer malgré un nouveau conservatisme pointant son nez.
Mais ne confondons pas Institution ou Eglise avec message christique. Car le discours de Jésus n’est pas l’apanage des théologiens, des pratiquants réguliers, des grenouilles de bénitier ou des fondamentalistes de tout poil.  Son discours et ses actes appartiennent à tous ceux qui décident d’en montrer sa modernité et d’en fructifier le sens.
J’ai donc décidé, modestement mais en m’appuyant néanmoins sur des sources solides (travaux d’exégètes de la Bonne Parole mais aussi du rock !), de dépoussiérer quelque peu cette image d’Epinal d’un Jésus par trop gnangnan, et un brin dépassée.
« Jesus is rock’n’roll » est un blog malicieux mais au combien respectueux qui s’adresse donc à tous les chrétiens qui veulent se sentir décomplexés par rapport à une image vieillotte et passéiste de Jésus,  personnage toujours incroyablement moderne, dont les paroles sont trop souvent prises en otage par des idéologies et des doctrines allant à l’encontre de son message et de ses actes. Mais il s’adresse
également à ceux qui s’intéressent à la spiritualité en général, aux croyants de
tous horizons, et pourquoi pas aux athées, bref, à tous ceux qui voient en celle-ci un chemin passionnant à suivre, surtout lorsqu’elle est traitée de façon stimulante et amusante, du moins je l’espère.
Et le rock’n’roll, dans tout ça, me direz-vous ? Quel lien possible entre cette musique « endiablée » et le prophète galiléen ?  Soyons clairs :  ma thèse n’est pas de clamer haut et fort que Jésus et ses disciples ont arpenté les routes de la Palestine ou de la Judée avec des Gibson ou des Fender rutilantes . Je vous parle plutôt d’un certain état d’esprit. Attention :  être rock’n’roll, ce n’est pas non plus s’égosiller sur scène dans un pantalon en cuir devant des fans transpirants et imbibés de bière !  Etre rock’n’roll, c’est aller de l’Avent, pardon de l’avant, car le rock’n’roll est avant tout affaire d’énergie !  Cette énergie (brute et pas brutale, nuance) n’est ni vaine, ni gratuite : c’est une forme de liberté et d’indépendance, en rupture avec les traditions et autres carcans imposés par les époques, les sociétés, les  castes intellectuelles et politiques, et bien sûr les gardiens du dogme et de la Loi ! Voilà pourquoi Jésus peut-être sans conteste être considéré comme la première icône du rock ! Allons même plus loin :
 
AU 21ème SIECLE, JESUS AURAIT ECUME LES ROUTES AVEC UN GROUPE DE 12 MUSICIENS POUR PROCLAMER LA BONNE NOUVELLE !
 
L’histoire du rock n’est pas avare d’anecdotes savoureuses soulignant les liens entre ce mouvement musical rythmé et les Saintes Ecritures. Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Little Richard, et autres grands-pères du rock, n’ont-ils pas tous baignés dans une ambiance profondément religieuse ?
Dès lors, si l’on va jusqu’à dire, comme le pense le critique Michka Assayas que « le rock’n’roll a été modelé par le style des prêcheurs fous », il n’y aurait dès lors rien de saugrenu (ni de blasphématoire) à penser que finalement, le rock et Jésus, c’est une grande histoire d’amour. Rébellion, scandales, vie de groupe, tournée harassante, traversée du désert : le prophète a connu tout ça bien avant l’heure !
Hé oui, les amis, les rock stars ont tout piqué à Jésus ! Voilà la thèse de ce blog ! 
 
Bonne lecture à tous.
 

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L’héritage des paraboles

« Les vies et les sentiments décrits dans mes chansons sont ordinaires. J’ai toujours pensé que si je chroniquais cette expérience commune de la vie beaucoup de gens s’y reconnaîtraient et avec un peu de chance, mes chansons illumineraient leur existence. » Bruce Springsteen

 

           Enfant du blues, le rock’n’roll ne s’est pas contenté de baser son succès sur un tempo soutenu, des riffs de guitare et autres déhanchés provocants à la « Pelvis » Presley.  Car il existe outre Atlantique une véritable et ancienne tradition de « lyricist » (parolier), respectée et même récompensée par nombres de magazines spécialisés et chaînes de télévision. Une petite promenade sur le web anglo-saxon permettra de se rendre compte que les classements des meilleurs paroliers n’est vraiment pas chose à prendre à la légère. Même le célèbre et pas très rock journal anglais Guardian s’y est mis ! Les artistes les plus plébiscités par ces innombrables classements sont sans conteste Bob Dylan, Bruce Springsteen et Neil Young.

Mais qu’est-ce qu’un bon texte dans une chanson rock ? Pourquoi un auteur semble plus doué qu’un autre ? Et surtout, le rock permet–il de diffuser un message ?

Si l’on veut répondre à ces questions avec un brin de recul, il suffit de revenir il y a quelques deux mille ans en arrière, en Galilée, où la première icône du rock’n’roll, le fameux Jésus de Nazareth, utilisait des paraboles dans ses prédications. Jésus n’a certes pas inventé cette figure de style, utilisée par les rabbins de l’époque, mais il a considérablement élargi leur puissance évocatrice et ces paraboles témoignent surtout de son talent de rabbi, de « son invention, de son sens des images, de son goût du paradoxe, de son art de l’énigme, de son assurance, de son autorité » selon Jérôme Prier et Gérard Mordillat.

De la parabole au texte contemporain, le raccourci semble bien rapide, en effet, et pourtant, il n’est pourtant pas inepte…

 

            En grec, parabole signifie « comparaison », ou « rapprochement ». Selon Jacques Duquesne, « une parabole est un petit récit imagé et imaginé, faisant appel souvent à l’expérience quotidienne des auditeurs, qui permet de comprendre plus aisément une grande vérité, de même qu’une petite lampe électrique aide à découvrir un objet précieux. » Les Evangiles en citent une petite trentaine (certaines étant reprises plusieurs fois dans les Evangiles), dont les plus célèbres sont appelées « la graine de sénevé », « le bon Samaritain », « le Fils prodigue », « les ouvriers de la vigne », « l’économe infidèle », « la brebis perdue »…

A bien regarder ces paraboles, on constate que Jésus était autant un artiste qu’un prédicateur. Car il a adapté ses allégories aux gens qui l’écoutaient.  Jérôme Prieur et Gérard Mordillat  remarquent qu’ « elles mettent en scène des vignerons, des vergers, des semeurs, des fermiers, des ouvriers, des pêcheurs, des maîtres et des serviteurs, des pères et des fils… ».  D’ailleurs, Jésus parlait l’araméen, la langue du peuple, et non pas l’hébreu qui était la langue des lettrés de l’époque. Pas d’élitisme dans les propos du galiléen ! Duquesne explique ce fait : « il prenait ses exemples et ses références dans le milieu rural, jamais dans la vie quotidienne des gens des villes. Il s’exprimait dans un style très populaire, parfois poétique, et toujours très concret ». Jésus met donc en scène des hommes et femmes ordinaires, à leurs taches traditionnelles. Chaque auditeur et chaque auditrice pouvaient ainsi s’identifier aux personnages inventés par Jésus : « Deux hommes seront aux champs […]. Deux femmes seront au moulin […]. » (Mathieu 24, 40-41). Ce procédé narratif que l’on peut appeler mise en parallèle a été sans nul doute assimilé par les compositeurs rock du 20ème siècle. Voici un petit florilège de méthode d’écriture. Bruce Springsteen : « Je crois que j’ai fini par trouver un style de songwriting qui me correspond profondément : j’écris un peu à la façon dont les gens parlent, dans un style oral. Quand les gens m’entendent lors de mes concerts, c’est comme s’ils écoutaient un type assis à coté d’eux au comptoir d’un bar en train de leur raconter une histoire. » David Crosby (Crosby, Stills, Nash and Young) : « Nous écrivons de vraies chansons. Sincères. Honnêtes. Qui viennent droit du cœur, et parlent de ce qui se passent vraiment. Qui nous concernent. »  Pete Townshend (The Who): « Entendre une chanson qui te donne le sentiment que quelqu’un pense comme toi, te ressemble, connaît les mêmes peurs, mais reste optimiste, est fort, pas violent, est confiant, pas arrogant, peut s’éclater mais sans oublier ceux qui pleurent, c’est ça, la grandeur du rock ».

Mais ces petites histoires de la vie quotidienne, qui parlent de victoire et d’échec, de vie et de mort, de travail et de repos, sont rappelons le, des allégories. Leur objectif est de « rendre intelligible ce que l’auditoire ne perçoit pas à première vue » (expression de Denis Fricker). Jésus l’a souvent répété : « Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Marc 4,23). Il y a là une volonté de ne pas tout dévoiler, de ne pas imposer et de laisser l’auditeur actif. Le rock suit souvent ce même chemin comme le raconte Bono : « Les paroles de chansons au fond c’est une vague direction qu’on esquisse pour orienter l’esprit de l’auditeur. C’est tout. Le reste, c’est à toi de l’imaginer. » Kurt Cobain aimait lui aussi laisser les choses voilées : « Je n’aime pas que les choses soient trop évidentes, sinon c’est lourdaud et ça tue l’imagination. »

Oui, mais voilà : de l’ambiguïté des textes à l’incompréhension, il n’ y a qu’un pas, hélas. Bien que certaines paraboles aient un sens très claires, les problèmes d’interprétation ne sont pas rares. Il est étonnant de voir combien les paraboles de Jésus n’ont pas été épargnés par de réels problèmes d’interprétation. Même les disciples se sont posés des questions : pourquoi parler par paraboles s’il est besoin d’avoir son décodeur avec soi ? (« Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ » clament les disciples en Matthieu 13,36).  Pourquoi Jésus a-t-il pris le risque de n’être pas compris, ou seulement d’un petit nombre ? Marc ne montre-t-il pas que Jésus lui-même semblait un brin désespéré par ses disciples désemparés au point qu’il doit parfois lui-même se lancer dans des explications de texte ? Ainsi Jésus s’agace : «Vous ne saisissez pas cette parabole ? Alors, comment comprendrez-vous toutes les paraboles ? Le semeur sème la Parole » (Marc 4,13-14) et plus loin « Il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent et ils portent du fruit. » (Marc 4,20). Jacques Duquesne nous propose un début de réponse : « Les paraboles ne sont accessibles qu’a ceux qui veulent les accueillir, qui sont ouverts à la Parole, qui ne se ferment pas les yeux et ne se bouchent pas les oreilles. Elles supposent un certain engagement personnel pour comprendre. Une histoire qui ressemble à une fable sympathique peut devenir un enseignement sur Dieu et son royaume si celui qui l’entend est quelque peu disposé à l’interpréter de la sorte. » La parabole, ce n’est donc pas une morale qui tombe du ciel. Elle engage l’auditeur et le pousse à faire un travail de réflexion. Jésus serait-il donc le premier prophète à aiguiser l’esprit critique des disciples ?

Mais qu’en est-il de la réflexion à l’heure de l’écrasant monopole de MTV et autres chaînes « djeunz », de l’importance de la vidéo et du look dans  la carrière des artistes, bref de la prédominance du visuel sur les mots et le discours ? Elle semble parasitée et reléguée au second plan par la sacro-sainte domination de la mélodie. Et le contresens n’est pas loin. Prenons deux exemples célèbres de textes mal compris : Sunday Bloody Sunday de U2 et Born in the USA de Bruce Springsteen. Dans son ouvrage intitulé  Walk on, le pasteur presbytérien Steve Stockman raconte comment le titre écrit par U2 en 1983 et qui relate comment à Derry en Irlande quatorze manifestants pacifiques furent tués par des tirs de l’armée britannique en 1972, « a causé des problèmes au groupe des deux côtés de la frontière. Les protestants étaient mécontents que le Bloody Sunday semble comme glorifié par cette chanson, alors que les nationalistes avaient justement utilisé cette journée comme un outil de propagande contre les troupes britanniques. Quant aux républicains, ils étaient mécontents que le groupe condamne la violence et prenne par conséquent position contre l’engagement de l’IRA ». Ce malentendu a longtemps poursuivi le groupe si bien qu’il ne la jouèrent pas sur scène entre 1987 (où un attentat de l’IRA marqua profondément Bono) et 1998, année où les partis politiques irlandais signèrent un accord permettant de poser les bases d’une paix durable.  Le Boss Springsteen lui-même n’a pas été épargné par les erreurs d’interprétation et reconnaît « qu’il existe une longue tradition de chansons incomprises ». Son hit le plus célèbre Born in the USA (1984), qui dénonçait la guerre du Vietnam,  fut utilisé par le Parti Républicain à des fins électorales (discours de Ronald Reagan du 19 septembre à Hammonton, New Jersey) et devint malgré lui l’hymne de l’ère Reagan par excellence. L’auteur explique ce malentendu assez philosophiquement : « Si vous êtes trop direct dans la formulation de vos idées, c’est de la leçon, du prêchi-prêcha. Par contre, si vous essayez d’être plus subtil, de faire passer des idées en contrebande, alors vous vous exposez au risque d’être compris de travers. Eh bien, je préfère la seconde option, privilégier la piste artistique plutôt que le didactisme, dire certaines choses indirectement à travers des histoires et des personnages, au risque d’être incompris par certains ». Le temps a peu à peu rétabli les choses et réhabilité le propos du Boss.

 

Si les paraboles ont eu une influence notoire dans le songwriting des artistes rock, on constate également combien les mots sens « caché » et sens « gâché » sont  proches. Mais cela ne semble pas pour autant remettre en cause la recette d’une chanson réussie : une bonne musique, OK, mais avec surtout de la Bonne Parole…

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Wednesday, February 6, 2008

Un rebelle nommé Jesus - Part 1

« Les Rolling Stones  se rebellaient contre l’ennui et le conformisme de mortels de l’après guerre. (Ils) ont beaucoup plus contribués à l’évolution des mœurs et des mentalités que la majorité des marxistes et des leaders politiques » Mick Jagger (Rolling Stones)

      Le rock’n'roll a toujours inspiré une jeunesse se sentant trop à l’étroit dans le carcan moral de ses aînés.  Cet esprit de sédition sera présent dès la naissance du rock au milieu des années 1950 est restera toujours vivace dans les
années 1960 avec les protest songs  du mouvement hippie exprimant avec poésie et engagement le rejet de la guerre froide ou de l’engagement militaire au Vietnam, puis à la fin des années 1970 avec le mouvement punk. Ce que confirme David Bowie : « [Le rock] a marché main dans la main avec le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, il a fourni une perspective au pacifisme et des troupes morales pour lutter contre la guerre au Vietnam ; pendant l’explosion punk, il a attiré l’attention sur la dépression économique qui a saisi les populations européennes à la suite du second choc pétrolier  ; […] il lutte pour faire libérer Nelson Mandela  et abolir l’Apartheid en Afrique du Sud, comme il a lutté contre la ségrégation raciale en Amérique ». Joli bilan, quand même…

      Pourtant, la bonne société américain fera souvent du rock’n’roll son « ennemi numéro 1 ». Elvis Presley en son temps ne laissait personne indifférent : capable d’agacer l’Américain puritain et bien-pensant qui veut le faire interdire à la télévision, le King devint malgré tout une idole pour des millions d’adolescents…

      Il y a deux mille ans, Jésus a, lui aussi, détonné dans la société galiléenne de son temps.  Denis Fricker le rappelle en affirmant que « l’adulte Jésus ne se conforme pas vraiment aux valeurs de son époque ». Ses paroles et ses actes ont à maintes reprises attiré les foudres de la société bien pensante qu’il a côtoyé et finalement bousculé. Autant dire qu’il s’est souvent comporté comme un authentique rebelle en adoptant une liberté de ton et de langage peu communes pour l’époque.

      C’est en utilisant très fréquemment « je » (comme dans « je vous le dis » (Jean 6,26) ou bien « et bien moi, je vous dis » cité à cinq reprises dans le Sermon sur la Montagne) que Jésus fait parler de lui. Des propos du type : « Je suis le pain vivant descendu du ciel, qui mangera ce pain vivra à jamais » étaient même jugés scandaleux : « les juifs récriminaient contre lui » (Jean 6,41). Comme le rappelle Jacques Duquesne, Jésus « oppose sa propre autorité à celle de la Loi et des prophètes » mais surtout, il parle en son nom propre. De la même manière, il prétend tenir son pouvoir directement de Dieu puisqu’il remet les péchés ! (Luc 7,36-50).  Voilà une audace qui aura du mal à passer auprès des scrupuleux gardiens du Temple…

      Mais Jésus pousse plus loin la provoc lorsqu’il n’hésite pas à critiquer et à remettre directement en cause le Temple. Ses propos sur la destruction du Temple (Marc 1 3,1 et Jean 2,18) ont tout d’une « attaque frontale » (expression de Duquesne) contre ce dernier. Jésus dit à tous que le lieu du rendez-vous avec Dieu n’est plus le Temple, mais sa personne ! Et il ne s’arrête pas là : « Je puis détruire le Temple de Dieu et en trois jours le rebâtir » (Marc 26,61). Pour les sadduccéens, qui tiennent le Temple, pas de doute : Jésus pète un câble et blasphème en attaquant aussi durement l’institution économico-religieuse ! Ce sera, pour les autorités juives, la raison officielle, de sa condamnation. Car le Temple, qui est le plus grand employeur de la ville (artisans, tisserands, potiers etc. travaillent pour lui), c’est avant tout l’endroit où il est possible de rencontrer Dieu. Alors l’attaquer relève de la folie pure. Notons que Jésus ne provoque pas gratuitement, il a ses raisons qu’explique Frédéric Lenoir : « Il remettait en cause la notion d’espace sacré, celle de la tradition religieuse se définissant comme un centre […] cette critique s’adresse bien entendu aussi aux institutions et aux autorités religieuses en leur montrant les limites de leur pouvoir : elles ne sont que des moyens au service de l’individu dans sa relation libre et directe à la Transcendance ». Petite parenthèse : le milieu du rock ne s’est jamais privé de se remettre en cause, et à subir des attaques internes. Le mouvement punk, par exemple, s’est clairement construit en réaction face au rock des années 1970, de plus en plus glam et « professionnel ». Pour Kurt Cobain, il fut salutaire : « Le punk était simple, énergique, mélodique. Trois minutes d’émotion brute, vitale, qui donne la pêche, qui font aller de l’avant. […] Ce sont les punks qui m’ont fait comprendre qu’il n’était pas nécessaire de devenir professionnel : il suffit d’avoir la foi ».

      Jésus s’attaque aussi aux traditions sociétales en remettant les relations familiales en cause. Et il n’y va pas par quatre chemins, le galiléen ! « Qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi » (Matthieu 10,37). Il n’hésite pas non plus à opposer sa famille biologique aux membres de son groupe de disciples : « Voici ma mère et mes frères» (Marc 3,32-35). Dans la société proche orientale et juive de l’époque, la vie de famille était le fondement de toute vie sociale. Bousculer ainsi son fonctionnement était véritablement novateur. De fait, ses relations avec sa mère ont fait couler beaucoup d’encre. Prenons le fameux épisode de Cana : lorsque Marie souhaite que son fils fasse un signe, ce dernier l’envoie bouler en lui répondant « Femme, que me veux-tu ? ». Mais attention, Jésus n’est pas un fils indigne ! Il sait que sa mission passe avant les liens familiaux. Pour Denis Fricker, cette rupture peut aussi être comprise de manière symbolique et spirituelle : Jésus a choisi « une vie a-familiale par la nécessité de se mettre au service d’un royaume qui serait d’une autre nature que les royaumes et sociétés des hommes ».

      Restons encore un instant avec la gente féminine. Car Jésus innove et détonne aussi avec ses propos sur les femmes. Pour Fricker encore, « Jésus est le seul orateur de l’Antiquité dont on sait qu’il a non seulement parlé des femmes, mais qu’il s’est aussi adressé à elles ». Parmi ses paraboles, un certain nombre de personnages féminins sont mises en exergue comme, par exemple, cette veuve qui par sa persévérance a su faire plier un juge injuste (Luc 18,2-8). Rappelons aussi l’opposition résolue de Jésus à la pratique de la répudiation qui, d’après un texte de la Torah, en Deutéronome 24,1, est permise à tout mari découvrant chez elle « quelque chose de honteux ». Chez Marc 10,3-9, Jésus réfute courageusement ce texte attribué à Moïse en déclarant que ce dernier a simplement ratifié une pratique qu’il jugeait abusive et datée. Dans une société proche orientale d’orientation patriarcale, une telle attitude ne manque pas d’audace et Jésus n’est pas loin de passer pour un contestataire féministe…

      Terminons enfin ce petit chapitre sur les mots de Jésus avec quelques remarques sur la nouvelle traduction de la Bible entreprise par les éditions Bayard en 2001 et qui a engendré son lot de controverses. Un passage surtout a suscité les ires de nombres croyants : dans l’Evangile de Marc, traduit par l’écrivain Emmanuel Carrère et Hugues Cousin (
Docteur en théologie, spécialiste de l’exégèse néo-testamentaire) des pharisiens se mettent à discuter avec Jésus et lui demandent un signe venant du ciel pour le mettre à l’épreuve. Voici leur réponse de Jésus : « Quelle engeance ! Exiger un signe ! Plutôt crever ! » (Marc 8, 11-13).  On pourrait gloser longtemps sur une telle traduction, mais le parti pris des auteurs a de quoi séduire : Jésus, qui avait son franc parler, n’était décidément pas un prophète comme les autres…

To be continued

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Un rebelle nommé Jesus - Part 2

      Bien au-delà de « la subversion du message christique » (expression de Frédéric Lenoir) la vraie rébellion de Jésus ne pouvait trouver son apogée et sa raison d’être que dans ses actes.
      Jésus de Nazareth a grandi dans un monde troublé. Ce contexte tendu favorisait donc les appels à la révolution. D’ailleurs, les évangiles montrent souvent Jésus obligé de calmer l’inspiration révolutionnaire de certains de ses disciples, ou même de foules enthousiastes qui voulaient le faire roi (Jean 6-15). Par ailleurs,  il exprime son souhait de ne pas se mêler de luttes politiques via le célèbre « Rendons à César… » (Marc 12,17). Malgré tout, cela n’a pas empêché le rabbi de bousculer son époque par des actions innovantes et surprenantes.

      Jésus n’hésite à s ‘attaquer aux règles religieuses. Il transgresse même les tabous alimentaires puisque Jésus « déclarait tous les aliments purs » (Marc 7,19). Pour Jésus, ce qui rend l’homme impur n’est pas ce qu’il mange mais ce « ce qui sort de l’homme ». Cette remise en cause est un acte fort, car explique Jacques Duquesne, « Israël sacrifiait sans cesse des animaux, des agneaux le plus souvent pour garder le contact avec l’Eternel, rétablir toujours son lien avec Lui. L’arrivée de Jésus rend ces rites inutiles : il établit lui-même le contact avec Dieu, il créé une ligne directe ». Jésus se met à dos non seulement le sacerdoce dirigé par la caste des sadducéens, mais aussi la confrérie des pharisiens. Surtout lorsqu’il crée le scandale en ne respectant pas le sabbat  (Marc 2,23). Pourtant, Jésus ne méprise pas les règles religieuses. Il les observe même parfois.  Il fait juste appel à la conscience et à l’intelligence de chacun, et en propose une interprétation nouvelle quitte à bousculer un peu les traditions et les règlements comme les ablutions rituelles ou le sabbat.

      Jésus est libre et se moque bien du quand dira t’on en ne dissimulant en rien ses « mauvaises fréquentations » : il n’hésite pas à casser la graine avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs (Marc 2,15) et à toucher un lépreux (Marc 1,40-45). Ces derniers, véritables bannis de la société comme le démontre le livre du Lévitique (« qu’on les jette hors de la ville », 14,40) étaient considérés comme impurs physiquement et spirituellement. Mais Jésus ne suit pas le sens commun et transgresse une nouvelle fois la loi juive en le touchant et en le guérissant. Jésus, par ce geste, a aussi permis à ce pauvre bougre de retrouver sa place dans la société.  Comme quoi, Jésus est l’exemple même que, à l’instar du rock d’ailleurs, l’on peut à la fois bousculer les interdits et créer du lien social…

      Soyons clairs sur les coups d’éclats du rabbi. Jésus n’a rien d’un rebelle de salon : il ne saccage pas les chambres d’hôtel, comme un demeuré cocaïné en tournée. Mais il sait utiliser la force intelligemment pour s’attaquer directement à ce qui cloche. Lorsqu’il chasse les marchands du Temple, avec un fouet qu’il a lui-même fabriqué (Jean 2, 14,15), il montre que la colère n’est pas stérile. Il s’insurge et trouve honteux que le Temple s’en mette plein les poches grâce à la piété d’un peuple fervent. Les dérives mercantiles n’ont rien à voir selon lui avec l’amour de Dieu. Mais qui serait assez courageux aujourd’hui de se mettre à dos une partie de l’opinion publique américaine en bottant les fesses de ces nouveaux marchands du Temple contemporains que sont les télévangélistes dont le spectacle de la foi frôle bien souvent le grotesque…


      Jésus de Nazareth n’est pas un agitateur politique, mais un agitateur spirituel.  Il sait provoquer, à bon escient. Il n’est pas non plus un révolutionnaire mais son message l’est : l’amour inconditionnel. Il ne prône pas la violence armée, n’a pas de prétentions politiques. Pourtant, il a accordé une attention particulière aux plus défavorisés. Comme l’explique la jolie formule de Gérard Bessière, il désire « passer de l’amour de la loi à la loi de l’amour ». En ce sens, il encourage une certaine relativisation des règles de pureté. A l’égard de la loi, Jésus est donc à la fois libre et exigeant. Ce qu’il critique et ce qui l’énerve, c’est la religiosité et l’ostentation hypocrites des dévots et des gardiens du Temple. La médiation religieuse n’est plus indispensable. Comme le souligne Frédéric Lenoir, « Jésus entend émanciper l’individu du groupe ».  Alors Jésus, trop moderne pour son époque ?
     
A l’instar des messages du rabbi, le rock sait lui aussi distribuer des baffes salutaires, à grande comme à petite échelle : « C’était ça la magie du rock. Entrer dans toutes ces maisons où il n’y avait pas de livres, pas de culture pas d’espoir, rien qu’une longue et lente aliénation. D’un seul coup, ça été la gifle, pour toute ma générations. Ça nous a ouverts » raconte David Bowie. Du reste, le rock n’est pas qu’un moyen de contestation et de rébellion, il est aussi une petite fenêtre sur l’espoir.  De ce fait, il est facile de comprendre pourquoi certains musiciens furent de vrais héros de l’ex-bloc communiste. Frank Zappa souligne : « Cette idée que quelqu’un pouvait avoir une totale liberté d’expérimenter musicalement devait être extrêmement séduisante pour n’importe qui vivant sous un régime totalitaire ». Lou Reed, lui, enfonce le clou : « Il est fascinant de constater combien, en Tchécoslovaquie, le rock comptait. Mes chansons sont d’évidence implicitement à propos de la liberté d’expression et dans le régime d’incroyable répression dans lequel vivaient ces gens, elles ont été comprises ainsi. Elles les ont aidés. »
     
Pour le rock et le rabbi, pas de doute, la liberté, c’est sacré…

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Saturday, September 15, 2007

Les T-Shirts sont arrivés !

Bonjour à tous !

 

A ceux qui veulent s’associer à notre « théorie », nous vous proposons des t-shirts Jesus is rock’n’roll 100% originaux et de très bonne qualité (coton 150gr),  disponibles en noir ou blanc (voir photos), tailles S, M et L. Vous pourrez les acquérir (15 € l’unité, 20 € les deux) en faisant votre demande sur notre boîte mail (jesusisrocknroll@free.fr). Nous vous les enverrons dans un délai maximum de deux semaines. Nous projetons également de vendre ces mêmes t-shirts sur des sites à payement sécurisé (type Price Minister).

Nous invitons nos heureux acquéreurs à nous faire part des réactions suscitées par le port du t-shirt (positives en ce qui nous concerne) et pourquoi pas des discussions entamées ?!    

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Friday, June 15, 2007

Jésus en concert ! - Part 1

« Les concerts réussis vous donnent l’aperçu furtif d’un monde parfait, un monde où les gens se comprennent, se respectent et font l’expérience d’une appréhension plus aiguë de leur vie » Bruce Springsteen

      Si Jésus a été le plus grand prédicateur de son époque, il convient de noter que  son talent d’orateur s’est manifesté dès son plus jeune âge. Selon Luc (2, 42), Jésus a effectué ses « premières gammes » dès douze ans dans le Temple de Jérusalem (rien que ça) en croisant le fer avec les Docteurs de la Loi : « et ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses » (2,47). Jésus est certes jeune, mais il est déjà un surdoué du verbe. Rien à voir avec le petit guitariste en herbe qui fait son petit malin en massacrant Eric Clapton à la MJC du coin ! Petite parenthèse : c’est à douze ans (âge où la région du cerveau responsable de l’apprentissage atteint sa maturité selon des chercheurs américains) que Pete Townshend et Jimmy Page (guitaristes des Who et de Led Zeppelin) eurent leur première guitare et que Jeff Buckley décida de devenir musicien… Ce nombre douze, déjà évoqué dans un précédent article, n’est décidément pas un nombre comme les autres…

      Il est impossible de parler de concert sans rappeler celui de Jean-Baptiste sur le bord du Jourdain, concert « déclencheur » du ministère de Jésus. Deux mille ans plus tard, l’influence des pairs a toujours son importance, et il n’est pas rare de voir comment un concert a pu mener à la formation d’un groupe :  Joy Division, par exemple, s’est formé après avoir vu la prestation scénique des Sex Pistols à Manchester en 1976. Mais revenons à Jésus, qui fut bouleversé par cette expérience spirituelle, et qui pour s’en remettre, s’en ira quarante jours dans le désert où il aura l’opportunité de se mettre à l’épreuve quant à ses capacités de prédicateur (rock’n’roll) et de parfaire ainsi son répertoire…

      A son retour du désert, Jésus commencera sa difficile vie d’itinérant et de prédicateur ambulant. Il a trente ans environ (ce qui n’est pas très jeune pour une rock star), mais il a atteint cette pleine maturité qui, on le sait, va bouleverser le monde. Les Esséniens, groupe religieux que Jean-Baptiste et Jésus ont sans doute connus sans que pour autant on puisse les associer à eux, considéraient que trente ans était l’âge auquel on pouvait « prendre des responsabilités, arbitrer un procès, devenir chef » au sein de sa communauté.

      Si le rock est synonyme d’énergie, autant dire que Jésus n’en manquait pas : il  écuma les routes, inlassablement et courageusement, en commençant d’abord par la campagne de la Galilée (Jean 7,1). Ce n’est peut-être pas bien grand la Galilée (un rectangle d’environ quarante kilomètres sur quatre-vingt) mais quand on porte des sandales au pied (Marc 6,9), et que l’on doit cohabiter avec un groupe hétéroclite, cela n’avait sans doute rien d’une sinécure. Notons que les évangélistes ne sont pas toujours d’accord avec les lieux visités par Jésus (Jean commence avec Cana), mais en voici les noms les plus souvent mentionnés: Bethsaïde, Capharnaüm, Corazine, Gerasa, Génésareth, Magdala, Nazareth (où il ne sera pas accueilli chaleureusement). Cette petite liste est donnée par ordre alphabétique car il est somme toute difficile de rendre compte précisément et chronologiquement des déplacements de Jésus. Ce sont des bourgs, des villages (caphar en hébreu), voire des bleds paumés, que Ernest Renan situe à une demi-heure l’un de l’autre. Jésus et son groupe vont bien sûr quitter leur Galilée bien aimée et se rendre dans le nord du pays ou même à l’est dans le territoire de la Décapole (Marc 7, 31). S’ils s’autorisent à approcher des faubourgs comme « les villages voisins de Césarée de Philippe » (Marc 8,27) ou bien « le territoire de Tyr » (Marc 7,24), villes marquées par l’influence grecque et où les juifs sont minoritaires, ils auront tendance à éviter les grandes villes. Jacques Duquesne souligne d’ailleurs que « Sephoris, Jatapa ou Gischala, importants à l’époque, sont ignorées de nos jours pour la seule raison qu’elles n’ont jamais été citées dans les Evangiles ».  En tout cas, le « buzz » sera tel que l’on entendra parler de Jésus jusqu’à Jérusalem…

      Jésus va faire plus fort : se rendre en Judée. Bien sûr, la distance n’est pas négligeable (150 km séparent Capharnaüm de Jérusalem), et prendre ces routes relève d’un certain courage car les brigands y sont nombreux. Mais surtout, nos forçats de la route devront affronter le terrible mépris des gens du crû, qui ne peuvent pas voir en peinture les Galiléens. Même audace à Sykar, en Samarie (la terre des ennemis héréditaires, eux qui ont osé ériger sur leur mont Garizim un temple rival de celui de Jérusalem), que Jésus et son groupe se permettent de traverser pour se rendre à Jérusalem, alors que nombre de pèlerins partis fêter Soukkot ou la Pâque dans la capitale préfèrent contourner cette région mal aimée…

To be continued

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Jésus en concert ! - Part 2

      Plus remarquable encore : la nature des rencontres de Jésus avec son public est incroyablement variée : Jésus alterne gros shows, petits concerts dans les synagogues [Marc, 1, 39]), et concerts privés chez des particuliers juifs comme chez les mariés de Cana (Jean 2) ou chez Lazare à Béthanie (Jean 11), sans oublier les païens comme la mère de l’épileptique (Matthieu 15,21-28) ! Arrêtons-nous un instant sur les gros concerts de Jésus, qui se déroulaient principalement en plein air, que ce soit dans la plaine (Luc 6,17), au bord du lac de Galilée (Marc 3,7), mais aussi en montagne, où on le comprend, la voix porte au loin. Ces concerts ont même des dénominations demeurées célèbres, comme la Première multiplication des pains, qui attira tout de même 5000 personnes (sans compter les femmes et les enfants précise Matthieu [14,21]) et la  Seconde multiplication des pains, toujours sur les rives du lac de Galilée (sauf chez Luc qui la situe « à l’écart » de Bethsaïde [9,10]) et qui attira pas moins de 4000 spectateurs ! Pour donner un petit ordre d’idée, Jésus aurait pu remplir deux soir de suite le  Zénith de Paris ! Mais ce n’est pas le record : pour un autre concert situé on ne sait où hélas, Luc mentionne même « quelques dizaines de milliers, au point qu’on s’écrasait » (12,1) !

      Intarissable, le rabbi s’autorise même des « bœufs » avec ses  compagnons (pour les profanes, rappelons qu’un bœuf est une séance musicale improvisée), aussi bien sur une montagne  (Matthieu 15, 29-31) que dans une barque (Marc 8, 14-21). Si le festival de Cannes avait existé à l’époque, Jésus aurait proclamé la Bonne Nouvelle sur le tapis rouge des marches ! (exploit accompli depuis par U2 lors de la dernière édition du festival). Cette remarquable et saine attitude (à aucun moment dans les Evangiles, Jésus ne dit qu’il part « roder » son spectacle en Province) qui consiste à s’adapter à l’auditoire, n’importe où et n’importe quand, lui permettra de garder la tête froide dans ce que l’on pourrait appeler une très longue tournée, exténuante et déboussolante pour quiconque n’est pas blindé psychologiquement et physiquement. David Bowie, par exemple, en a fait les frais: « Lorsque tout est devenu fou avec Let’s Dance et que, de 1984 à 1987, je remplissais des stades entiers, je ne m’y retrouvais pas. Je me disais: «Mais qui sont tous ces gens?» ». Jeff Buckley avait quant à lui anticipé le pétage de plomb lorsqu’il décida après une tournée épuisante de se produire dans des cafés, alors que son album Grace avait eu les faveurs des critiques et du public.

      Il est temps maintenant d’aborder la Cène, le dernier concert de Jésus, à Jérusalem. Quelques jours auparavant, Jésus avait pourtant soigné son entrée dans la « capitale éternelle » : il y monta sur le dos d’un âne, ce qui Selon Matthieu (21,5) et Jean (12,15) était un moyen d’accomplir l’Ecriture : « Voici ton roi qui vient monté sur le petit d’une ânesse ». Jacques Duquesne souligne que « dans les temps anciens, [l’âne] était la monture des dieux : en Inde, en Chine et en Mésopotamie ». Mais cette entrée n’aurait été aussi remarquable sans une foule venue l’accueillir non pas avec des briquets allumés mais « des branches de palmier »(Jean 12,13), des branches d’arbres (Matthieu) et qui étend ses manteaux (Luc, 19,35) tout en entonnant le Hosanna.

      Le dernier concert de Jésus , entre tension (« l’un de vous me livrera » Jean 13,21) et tristesse (« D’ici peu, vous ne me verrez plus » Jean 16,16), restera dans toutes les mémoires : le rabbi, se retrouvant seul avec son groupe, sur le Mont des Oliviers, y donnera un commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres » (Jean 15,17). Ce moment de partage est toujours célébré par nombres de fidèles chaque dimanche au cours de la messe dominicale. Jésus fait donc ses adieux et le groupe chante pour la dernière fois le Hallel, l’action de grâce qui clôt le repas. Un Hallel aux colorations bluesy sans doute… Le monde du rock a lui aussi connu les affres de l’ultime concert programmé. L’un des plus mémorables fut sans doute celui des Kinks, au stade de White City de Londres en juillet 1973, à la fin duquel le leader Ray Davis annonçait : « Ceci était notre dernier concert. Les Kinks sont morts. Et je suis mort ». Heureusement pour eux, ces derniers connaîtront une forme de résurrection… musicale.

      « On me demande souvent comment je fais pour rester sur scène aussi longtemps, mais, en réalité, le problème pour moi, c’est d’arrêter ! Quand vous avez la chance que votre musique ait autant d’impact sur les gens que la musique en a eu sur vous, il n’y a plus qu’une chose à faire : aller vers le public, dialoguer
avec lui, lui donner le meilleur de vous-même ». Des paroles de Jésus nouvellement trouvées par James Cameron dans des jarres enfouies au fin fond d’une grotte ? Que nenni ! Ces mots sont du Boss, alias Bruce Springsteen. Ils rendent compte de l’engagement moral et physique de tout artiste qui se respecte envers le public. Et Jésus, en tant que première rock star de l’Histoire en a formidablement donné l’exemple. Quitte d’ailleurs, à mourir sur Cène…

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Saturday, May 5, 2007

Jésus et ses fans - Part 1

« Un jour, dans les années 1960, le critique Paul Nelson [...] écrivit à mon sujet une chose qui me fit beaucoup rire : « On en est arrivé au point que les gens ramassent les mégots de cigarette de Bob Dylan et cherchent, en les scrutant, à leur trouver un sens. Le pire, c’est qu’ils finissent par en trouver un ! » Plutôt que de chercher un sens dans des détails de ma vie, on peut trouver des clefs dans mes textes. » Bob Dylan

      Emprunté à l’anglais fan de même sens, ce mot vient de fanaticus, le « serviteur du temple »…

      Commençons par un fait étonnant : Jésus aussi a été fan ! N’oublions pas qu’il a suivi les foules sur les bords du Jourdain à la rencontre de Jean Baptiste, afin de « se faire baptiser par lui » (Matthieu 3,13). Jean-Baptiste connaissait alors un franc succès, dont l’écho inquiètera Hérode, qui finira par le mettre aux arrêts et à le faire décapiter. Approcher Jean-Baptiste, le voir prêcher en live sera capital pour Jésus : il vivra une véritable révélation, suivie de l’adoubement du prophète en poils de chameau qui l’invitera  à s’émanciper et à former son propre groupe.

 

      Au début du mouvement de Jésus, le buzz est bien réel. Avant même le sermon sur la montagne, « sa renommée se répandit dans toute la Syrie » (Matthieu, 4,24). Mais qui sont les premiers fans du rabbi ? Il est probable qu’il les ait recrutés parmi les proches du baptiste. Pour Charles Perrot, ce fait est indiscutable : « Jésus lui-même et quelques uns de ses futurs disciples (Jean 1, 35) relevaient […] de ce milieu baptiste, avant que le Nazaréen ne constitue son propre groupe ». Petit à petit, le mouvement va se structurer et les fans pourront rapidement se diviser en trois catégories. Au sommet de la pyramide, les Apôtres bien sûr, fans les plus proches, composés de paysans, de pêcheurs, et d’un publicain, qui deviendront son groupe. Pour une radiographie détaillée, je vous invite à relire l’article La naissance du goupe. Ensuite figurent les disciples, dont le rôle est important (parfois envoyés pour annoncer le royaume de Dieu et chasser les démons). Leur nombre est de 72 (Luc 10, 1 ), nombre une nouvelle fois à la portée symbolique : « il correspond à celui des anciens sages d’Israël réunis par Moïse dans le désert pour l’aider à gouverner le peuple (Nombres 11, 24-30) et aussi à celui des nations du monde, toutes issues, selon la Genèse, des fils de Noé (Genèse 10, 1, 32) » selon Duquesne. Daniel Marguérat souligne que parmi les disciples figuraient sans nul doute des femmes : Marie de Magdala, Marie (sœur de Lazare), Jeanne (femme de Chouza, intendant d’Hérode)… « Le mérite de ces femmes, nous dit-il, est d’autant plus grand – et ce fut un scandale pour les contemporains de Jésus – qu’elles ont accepté de suivre sans leur mari un maître masculin, contrairement aux habitudes rabbiniques ». Alors, Jésus, un crooner-prophète à minettes ? Sans doute pas, mais il plaisait bien aux femmes… Enfin, existe un réseau de soutien composés de sympathisants qui ne suivent pas Jésus, mais à qui l’on va parfois demander asile : Lazare, Joseph d’Arimathie et Nicodème (deux riches pharisiens), Zachée (percepteur de Jéricho) et même un centurion de l’armée romaine.

      Notons une petite gue-guerre de fans entre les deux prophètes. Chez Matthieu (11, 1-15) et Luc (7, 18 –30), les fans de Jean Baptiste, du moins ceux restés avec lui s’énervent et semble faire douter ce dernier qui envoie deux de ses disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »  Les disciples du Baptiste n’apprécient pas non plus le fait que Jésus baptise lui aussi en Judée ! (Jean 3, 26) Mais les deux leaders, en louant les mérites de l’autre, font ce qu’ils peuvent pour convaincre les foules en délire qu’ils ne sont en rien rivaux. Trop mignons ces deux-là.

To be continued

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Jésus et ses fans - Part 2

      Le comportement des fans de Jésus préfigure très vite celui des fans de notre ère. Car c‘est une véritable Jésumania qui prend vie : « Beaucoup de gens, venus de la Galilée, le suivirent, et aussi beaucoup de gens de Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon » (Marc 3, 7-12). Parmi eux, « des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets, et beaucoup d’autres infirmes » (Matthieu 15, 30) mais aussi des enfants (Marc 10, 13-14). Les évangélistes évoquent à plusieurs reprises l’émoi que suscitent Jésus chez ses admirateurs : « Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui » (Luc 6-19), ou bien : « Et dans tous les endroits où il était, dans les villages, les villes ou les champs, on déposait les infirmes sur les places. Ils le suppliaient de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau » (Marc 6, 56). Le succès de Jésus est tel qu’Hérode Antipas, encore lui, s’inquiète de ce « déferlement prophétique » (Perrot), susceptible de créer une révolte populaire.

      Un artiste véritable se réserve toujours le droit de se réinventer, de dérouter quitte parfois à ne pas faire l’unanimité parmi ses fidèles (le refrain est connu : c’était mieux avant). Le toujours fringant Mick Jagger semble déplorer ce fait : « Le public est décidément très conservateur. […] Les gens aiment qu’on soit enfermés quelque part et qu’on en sorte jamais. Il faut prendre des risques, quitte à être déçu ou à se tromper. Sinon, c’est la sclérose. » Malheureusement, les fans déçus se révèlent parfois aussi versatiles que les girouettes, quitte à se retourner contre leur idole, et se montrer dangereux.  C’est précisément ce qui arriva à Jésus : si son discours novateur séduit dans un premier temps la foule, il finira par en dérouter plus d’un.  En effet, un gigantesque malentendu va naître entre le rabbi et ses fans qui l’acclament comme le Messie (« C’est vraiment lui le grand Prophète » Jean, 6-14), celui qui sera roi d’Israël, le souverain politique que tout le monde attend, et que Jésus n’a jamais n’a jamais voulu être. Jésus va alors connaître les défections parmi les disciples : « beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui » (Jean 6,66). Son mouvement connaît une crise sans précédent, si bien qu’il va jusqu’à demander aux Apôtres s’ils veulent le laisser tomber eux aussi. Un espoir demeure néanmoins : lors de Pessah, et de fameuse montée des Rameaux, il reste encore des aficionados, « une grande foule » selon Jean, dont les amis de Lazare, habitants de Béthanie.  Mais la fracture est réelle.

      La fin est proche. Jésus le sait. Son arrestation sur le mont des Oliviers est tragique : « Alors les disciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent » (Matthieu 26,56). Duquesne tente de comprendre : «  ce n’est pas seulement par peur, pas seulement parce qu’ils ont le sentiment que leur mouvement, leur organisation va s’effriter, éclater, se dissoudre, c’est aussi sans doute parce que le malentendu s’est prolongé jusque là : ils attendaient une intervention divine en faveur de Jésus, ils attendaient que celui-ci passe à l’action. Et puis, rien. »

Pierre a bien suivi Jésus jusque dans la cour du grand prêtre Anne, mais il sera reconnu avant de nier par trois fois et prendre la fuite en courant. Lors du chemin de croix, une foule est présente, étrange mélange de badauds, d’opposants, et peut-être de fans honteux. Mais aucun des textes ne mentionne un seul disciple, excepté  le « disciple bien aimé » mentionné par Jean, et quelques femmes… La récompense de ces dernières sera grande : elles seront les premières informées de la Résurrection.

Après la mort de la star, vient le retour des fans. Forcément, les destins tragiques passionnent les foules. Timidement d’abord, avec l’intervention de Joseph d’Arimathie et de Nicodème qui procurent une sépulture décente à leur modèle. L’apothéose se produira après les apparitions de Jésus ressuscité, qui vont relancer le mouvement, repris par les Apôtres, soucieux de perpétuer l’héritage du rabbi, quitte à parfois le dénaturer…

      Les fans sont décidément bien imprévisibles. En voici, le meilleur exemple, relaté par Odon Vallet : « Au-dessus du village palestinien d’Abu Gosh, lieu supposé de l’apparition de Jésus à ses disciples d’Emmaüs, un fan d’Elvis Presley a construit un retaurant-musée à la gloire de son « idole » ». Vous me direz : « Non ? ! » Messie…

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Wednesday, April 4, 2007

Mourir jeune et devenir immortel - Part 1

« [Jim Morrison] avait ce don incroyable, qui lui permettait de toujours s’inventer, cette vision qui habitait ses paroles, sa voix et même son visage et son corps. Là-dessus, il clamse. Quels meilleurs ingrédients pour un mythe ? Maintenant, il a vingt-sept ans pour l’éternité. »  John Densmore (batteur de the Doors)

 

En 1965, The Who proclamaient rageusement dans My Generation (qui allait devenir  un hymne générationnel) : « Hope to die young before get old ! » (J’espère mourir jeune  avant d’être vieux !). L’histoire du rock, jalonnée de décès prématurés et de disparitions dramatiques, a hélas très souvent appliqué à la lettre cette devise « mortelle ». La liste des disparus laisse d’ailleurs perplexe : Buddy Holly meurt à 23 ans (accident d’avion), Eddie Cochran à 21 ans (accident de voiture),  Brian Jones des Rolling Stones à 27 ans (noyé dans sa piscine), Jimi Hendrix à 27 ans (étouffé dans son vomi), Jim Morrison à 27 ans (overdose),  Elvis Presley à 42 ans (plus vieux que Jésus mais moins que Mathusalem) d’une crise cardiaque, Ian Curtis de Joy Division à 25 ans (pendaison), Jeff Buckley à 30 ans (noyé dans le Mississippi), Michael Hutchence de INXS à 37 ans (pendaison), Kurt Cobain à 27 ans (suicide par arme à feu)…

 

Bien sûr, nulle trace ici de « procès » ou de crucifixion, mais avouons tout de même qu’aucun de ces artistes n’a véritablement quitté ce monde à un âge avancé et de manière, dirons-nous, naturelle. « On attend des rocks stars qu’elles s’immolent par feu. Si elles ne meurent pas sur la croix à 33 ans, on veut se faire rembourser ! » clame Bono. Il semblerait donc que le public aime à donner le statut d’icône a tout artiste emporté dans la fleur de l’âge.

 

      Mais revenons un instant sur  la différence entre immortalité et résurrection. Le journaliste François Varlin précise : « L’immortalité de l’âme est donnée pour une libération du corps au moment de la mort, afin de continuer une vie divine. La résurrection, elle, est liée au corps, celui-ci étant confié à la terre, à la tombe, dont il est relevé. Il est réveillé par Dieu du sommeil où il s’était glissé – le mot signifie en grec ‘‘se mettre debout’’ après le sommeil. Ce n’est pas un simple retour à la vie pleine et définitive – comme pour Lazare – mais l’accession à la vie pleine et définitive ».

      Jésus a  fait très fort, il a connu les deux… Crucifié il y a près de 2000 ans (la date du 7 avril 30 est la plus fréquemment rappelée), la figure de Jésus demeure toujours aussi captivante : nombreux sont les artistes, cinéastes (de Pasolini à Scorsese) et écrivains (de Dickens à Kazantzakis) qui se sont penchés sur le cas Jésus, et il faut se rendre à l’évidence : Jésus remplit les salles et multiplie les best sellers. Le théologien Denis Fricker rappelle que « le personnage échappe au seul domaine de la foi chrétienne » et bénéficie même d’une certaine notoriété aussi bien dans le Judaïsme (depuis les années 1970) que dans l’Islam (Jésus prophète dans le Coran). Alors, peut-on aller jusqu’à dire que chaque artiste est finalement à la recherche d’une forme d’immortalité, synonyme de reconnaissance suprême, à travers la transcendance de leur art ? Encore une fois, observons comment les rock stars se sont emparées du complexe messianique (dont il n’est pas certain d’ailleurs que Jésus en eût été atteint) pour s’inspirer du Maître.

 

      Que l’on soit prophète ou rock star, il ne fait pas bon être roi : selon Jean (19,19), « Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : ‘‘Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs’’. Fricker explique ce fait : « Le seul chef d’accusation qui semble retenu par Pilate est celui d’une prétention de Jésus au titre de roi, ce qui équivaudrait à une volonté de révolte contre Rome. L’inscription apposée au-dessus de la croix reprend d’ailleurs ce motif de condamnation, tout à fait plausible historiquement ». Faisons maintenant un grand bond en avant et souvenons-nous des surnoms de deux des plus adulées des rock stars : celui de Presley était the King et celui de Morrison (qu’il s’était attribué) Lizard King (Roi Lézard).

 

CQFD :  l’Histoire démontre qu’il n’est pas bien malin de  copier… 

To be continued

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